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La recherche en soins infirmiers – Poser nos questions, trouver nos réponses
Les cliniciens ont besoin de chercheurs qui se penchent sur leurs questions cliniques et les chercheurs ont besoin de cliniciens qui garantissent la pertinence et l’importance de la recherche
Michelle Lobchuk, inf., B.Sc. inf., M.Sc. inf., Ph.D.
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La recherche sur le cancer a une importance énorme pour les soins infirmiers en cancérologie. « Les cliniciens doivent comprendre non seulement l’impact profond des effets physiques de la maladie qui peut mettre la vie en danger, mais aussi les ramifications psychosociales connexes. Les patients qui ont un cancer et les membres de leur famille ont besoin d’aide pour faire face à ces enjeux, optimiser la prise de décisions relatives aux traitements, rajuster leur vie et s’adapter sur le plan relationnel dans la famille et dans la communauté », affirme Mme Michelle M. Lobchuk, inf., Ph.D.
À l’occasion du mois de la sensibilisation au cancer, l’AIIC met en vedette l’importance de la recherche en soins infirmiers, et plus particulièrement de la recherche sur le cancer. Un groupe accompli de chercheuses en cancérologie, parmi les nombreuses infirmières chercheuses du Canada, œuvre à l’Université du Manitoba : il s’agit de Roberta L. Woodgate, PhD, professeure agrégée à la Faculté des sciences infirmières, Michelle M. Lobchuk, PhD, professeure adjointe à la Faculté des sciences infirmières, et Krista Wilkins, étudiante à temps plein au doctorat. Chacune se consacre à la recherche sur les enjeux profonds mais souvent éclipsés qui ont des répercussions sur les patients et les membres de leur famille et qui donnent aux cliniciens une idée de la façon de dispenser de meilleurs soins.
Pourquoi se lancer en recherche après s’être occupées aux premières lignes de patients atteints d’un cancer? Mme Woodgate, qui se dit elle même « infirmière des enfants », affirme que : « Je voulais que mon travail améliore la qualité des soins dispensés aux enfants, ainsi que leur qualité de vie et celle des membres de leur famille ». Elle y parvient en cherchant à créer une masse plus importante de recherche qui, selon elle, vise avant tout à « permettre aux infirmières et infirmiers et aux autres prestateurs de soins de santé qui œuvrent en oncologie pédiatrique de mieux comprendre comment les enfants voient le monde où ils reçoivent des soins de santé et des traitements contre la maladie. Il en découlera des interventions psychosociales et physiques plus significatives pour les enfants malades. »
Pour certains chercheurs, par contre, cette expérience est aussi personnelle. « Comme survivante du cancer, je m’intéresse personnellement à la recherche sur le cancer, affirme Mme Wilkins. Je voulais redonner un peu aux autres ce qu’on a donné – une deuxième chance dans la vie après qu’on a diagnostiqué chez moi un cancer, non pas une fois, mais à deux reprises! J’ai décidé de redonner aux autres par l’entremise de la recherche parce que celle ci peut avoir des répercussions sur tellement de gens – les patients qui ont un cancer aujourd’hui et ceux qui en auront un demain, ainsi que les membres de leur famille. »
Cliniciennes chevronnées, les infirmières offrent au monde de la recherche beaucoup d’information sur le cancer et d’autres maladies. « Les infirmières jouent un rôle clé en recherche, affirme Michelle Lobchuk. En fait, les facteurs déclencheurs au travail qui les poussent à remettre en question la pratique clinique sont à l’origine de questions cliniques qui se prêtent à des recherches qui peuvent ensuite éclairer les pratiques exemplaires. »
L’importance de la recherche en soins infirmiers est manifeste lorsqu’on en traduit la valeur dans le système de santé. « La recherche en soins infirmiers produit des connaissances qui peuvent alléger le fardeau des soins de santé pour les patients, ainsi que pour le système de prestation des soins de santé, particulièrement lorsqu’on met l’accent sur la santé et le mieux-être », signale Mme Wilkins.
Il est impossible de faire ces petites découvertes sans aide. Il faut le travail de gens dévoués qui créent des équipes et cherchent des mentors pour les aider dans leur recherche de solutions. « J’ai appris qu’on ne peut faire de la recherche seul, affirme Mme Lobchuk. Il faut être prêt à faire connaître ses besoins en recherche et l’équipe peut alors aider souvent à trouver des moyens d’y répondre, les personnes à rejoindre et les projets auxquels participer à l’échelon local, national ou international. »
Les infirmières chercheuses comptent sur l’appui de leur équipe et de leurs mentors, que ce soit dans leur propre discipline ou dans une autre. « La recherche est très complexe et les problèmes de santé le sont aussi, ce qui exige de nombreux types différents de savoir-faire, affirme Roberta Woodgate. En planifiant mes études de recherche, je suis une approche d’équipe interdisciplinaire. Au fil des ans, beaucoup de personnes m’ont guidée, y compris des collègues du secteur des soins infirmiers en contextes cliniques et universitaires, ainsi que des experts d’autres disciplines. Mais les mentors les plus importants que j’ai eus ont toutefois été les enfants et les membres de leur famille avec qui j’ai eu des contacts au cours de ma carrière. J’ai tant appris d’eux et j’attache une grande valeur à ce qu’ils m’ont fait connaître. Je me sens vraiment privilégiée. »
« J’ai la chance d’avoir Roberta Woodgate comme mentor, affirme Mme Wilkins. Elle m’a aidée à prendre conscience de moi, m’a mise au défi de dépasser les limites que je m’imposais, m’a formulé des commentaires honnêtes et constructifs et surtout, il est facile de communiquer avec elle. »
En tant qu’infirmières chercheuses, Mmes Woodgate, Lobchuk et Wilkins donnent des soins différents aux patients atteints d’un cancer. Selon Mme Woodgate, « comme infirmières, nous devrions toujours poser des questions et chercher à y trouver réponse. La recherche est une façon de poser des questions. » Mme Lobchuk va même plus loin : « Les infirmières sont nos chercheuses cliniciennes. Nous devons essayer de leur faire passer ce message plus tôt au cours de leur vie professionnelle. Elles aussi posent des hypothèses au chevet des patients. Elles réfléchissent à ce qui marche et ne marche pas en recherche, tout en cherchant à améliorer les résultats pour les patients. »
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Les chercheuses :
Mme Roberta L. Woodgate, inf., B.Sc. inf., M.Sc. inf., Ph.D, est professeure agrégée à la Faculté des sciences infirmières de l’Université du Manitoba. Elle est chargée de la recherche, de la formation et des services professionnels et communautaires.
La bourse de chercheuse boursière (2004 2010) qu’elle a reçue de la Société canadienne du cancer (SCC) et de l’Institut national du cancer du Canada (INCC) lui permet de consacrer la majeure partie de son temps à la recherche. Mme Woodgate a été la lauréate de l’édition 2004 du Prix scientifique Dorothy J. Lamont, décerné conjointement par l’INCC et les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) au scientifique le plus haut coté dans la catégorie scientifique chercheur en « recherche comportementale, psychosociale et sur le contrôle du cancer ». Outre ses responsabilités en recherche, Mme Woodgate siège à de nombreux comités aux échelons universitaire, national et international. Mme Woodgate donne le cours de recherche qualitative aux étudiantes infirmières du deuxième cycle du programme de maîtrise en sciences infirmières. En plus de ses tâches d’enseignement, Mme Woodgate dirige des étudiantes diplômées dans leur travail de maîtrise et de doctorat. Elle occupe aussi un poste à la Faculté de médecine, au Département de pédiatrie et de santé de l’enfant de l’Université du Manitoba. Elle est aussi scientifique chercheuse au Manitoba Institute of Child Health (MICH) et contribue à la profession infirmière en donnant des conseils d’experte en recherche à des infirmières en pédiatrie.
La recherche qu’effectue Mme Woodgate porte en grande partie sur les aspects psychosociaux du cancer chez l’enfant dans tout le continuum de la prévention, du traitement ou du soin palliatif du cancer et vise avant tout à saisir la voix des enfants et des membres de leur famille (parents et frères et sœurs) par des stratégies de recherche innovatrices. Mme Woodgate est actuellement chercheuse principale dans le cadre de trois études subventionnées par les IRSC, y compris une étude où l’on se penche de nouveau sur l’évaluation et la prise en charge des symptômes du cancer chez les enfants. Elle affiche un bilan impressionnant de plus de 40 publications critiquées par des pairs et de 80 communications savantes et présentées à des conférences. L’Association of Pediatric Oncology Nurses (APON) a reconnu sa contribution à la recherche sur les soins infirmiers en oncologie pédiatrique en lui décernant le prix Dianne-Fochtman de nouvelle auteure (1997) et le prix annuel de rédaction (2003). Mme Woodgate a aussi reçu une subvention d’établissement du Conseil manitobain de la recherche en matière de santé, qui l’aide à long terme à atteindre ses objectifs en recherche.
Mme Michelle M. Lobchuk, inf., B.Sc. inf., M.Sc. inf., Ph.D., est professeure adjointe à la Faculté des sciences infirmières de l’Université du Manitoba et scientifique chercheuse à la Société canadienne du cancer grâce à une bourse de l’Institut national du cancer du Canada. La bourse de chercheuse boursière de la SCC et de l’INCC lui permet de consacrer la majeure partie de son temps à des recherches auprès d’aidants naturels. Elle est aussi cochercheuse principale et cochercheuse dans le cadre de subventions connexes dirigées par des membres du personnel enseignant de la Faculté des sciences infirmières et de la Faculté de médecine. Mme Lobchuk donne un cours de pratique factuelle des soins infirmiers aux étudiantes infirmières de deuxième cycle du Programme d’infirmières et infirmiers praticiens et du programme de maîtrise en sciences infirmières. Elle en outre infirmière-conseil en pratique factuelle à de nombreux organismes de Winnipeg. À cause de ses activités d’enseignement et de son savoir-faire, elle est souvent invitée à prononcer, sur la scène locale et nationale, des conférences sur des sujets de la pratique factuelle et des questions reliées aux aidants naturels familiaux.
Mme Lobchuk, qui se dit elle même défenseure des négligés, effectue actuellement des recherches dans deux domaines, soit le cancer du poumon et les aidants naturels familiaux. Elle est déterminée à veiller à ce que ces domaines reçoivent davantage d’attention en recherche et plus de subventions. Mme Lobchuk a reçu une subvention d’établissement du Conseil manitobain de recherche en matière de santé, qui l’aide à long terme à atteindre ses objectifs en recherche. En 2006, Mme Lobchuk a également été lauréate du prix de la nouvelle chercheuse exceptionnelle de l’Association canadienne pour la recherche infirmière (ACRI).
Krista Wilkins, inf., M.Sc. inf., B.Sc. inf., B.Sc. (Spéc.), est étudiante à plein temps au doctorat à l’Université du Manitoba à Winnipeg. Mme Roberta Woodgate supervise son programme de doctorat. Elle est la première étudiante d’un programme innovateur de doctorat en contrôle du cancer offert conjointement par la Faculté des sciences infirmières et le Département des sciences de la santé communautaire de l’Université du Manitoba. Le programme est le premier en son genre à offrir de la formation en recherche, ainsi que sur la façon de résumer, d’appliquer et de diffuser des résultats de recherche, et d’en promouvoir l’application afin d’améliorer directement la pratique des soins infirmiers en contrôle du cancer. Mme Wilkins est boursière des programmes stratégiques de formation en oncologie psychosociale des IRSC.
À partir de sa thèse de maîtrise, Mme Wilkins a publié de nombreuses communications décrivant en détail les expériences de jeunes à mesure que leurs frères et sœurs suivent le processus de transplantation de moelle osseuse en pédiatrie. Dans sa thèse de doctorat, elle explorera les risques d’apparition d’un deuxième cancer chez les survivants d’un cancer au cours de l’enfance. Il est urgent de réunir des connaissances sur l’ordre de grandeur du risque de cancer chez les survivants d’un cancer au cours de l’enfance, ainsi que des facteurs qui jouent sur l’incidence du risque d’apparition d’un deuxième cancer, de même que la perception que les survivants d’un cancer durant l’enfance ont du risque de deuxième cancer si nous espérons préparer les survivants et leurs prestateurs de soins de santé. Cette recherche fournira aux futurs patients atteints d’un cancer de l’information sur les mécanismes qui sous-tendent l’apparition du cancer, ce qui pourrait alors avoir une incidence sur le diagnostic et le traitement futur du cancer tout au long de leur vie.




